[Analyse] L’été de Kikujiro

Détails techniques

Réalisé par Takeshi Kitano

Avec Takeshi Kitano, Kayoko Kishimoto, Yusuke Sekiguchi

Japon – 1999


Synopsis

Alors que les vacances d’été débutent, un garçon nommé Masao, qui vit seul avec sa grand-mère, en allant chercher un cachet à la réception d’un colis, retrouve par hasard des photos de sa mère qu’il n’a pas vue depuis longtemps. Avec l’aide d’un ancien yakuza nommé Kikujiro (joué par Kitano), Masao décide de partir en voyage pour la retrouver. Le duo improvise alors leurs moyens de locomotion à travers le pays et rencontrent sur leur voyage un petit groupe de personnages insolites…

(Source : Wikipedia)


Avis et analyse

Takeshi Kitano est un auteur que je commence à affectionner tout particulièrement, tant pour ses films, que pour son parcours professionnel et privé. Après son succès international Hana-Bi, il reste humble, et, contrairement à l’étiquette de films de yakusas qu’on lui collait alors directement,  réalise un film complètement distinct de ses précédents. C’est une sorte de road-movie touchant, sincère et modeste qu’il livre. Et ce film est véritablement une perle rare, une rencontre improbable, une réussite surprenante. Un vrai bon feel-good movie quoi!

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Ce conte, épopée d’un enfant en quête d’aventure et de mère, semble être enveloppé par une timidité propre à celle de Kitano, qu’il parvient à donner à l’enfant comme au yakusa. En effet, d’un côté l’enfant, sans parent (seulement sa grand-mère), qui appréhende l’arrivée des grandes vacances, qui s’ennuie, est replié sur lui-même. Kitano choisit d’ailleurs comme acteur un enfant “banal” – comme il le dit -, qui livre peu d’expressions, de jeu d’acteur. Kitano, comme il l’avait fait notamment pour Kids Return, use d’un procédé où le spectateur s’identifie un maximum au personnage et ainsi imagine les sentiments, au lieu de les découvrir. De l’autre côté, un yakusa feignant, immature, impoli, et désagréable, qui, faute à sa timidité, tient un rapport très conflictuel avec les autres. Ainsi se rencontrent deux personnes dont la timidité respective : celle d’un enfant innocent et celle d’un adulte qui n’a pas eu le meilleur chemin possible.

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De ce fait, leurs premières péripéties ne sont pas de franches camaraderies : l’enfant ne parle pas au yakusa, et ce dernier l’insulte la plupart du temps, le prend plus pour un objet qu’autre chose. Mais après l’incident de l’homme qui rôde dans le parc, le yakusa se met à regarder d’une manière différente le gamin. Petit à petit, il s’identifie à lui, si bien qu’il lui achète la même chemise que la sienne. Cette identification ne cesse de gagner en terrain pendant tout le film, jusqu’à ce que Kikujiro, le yakusa, se mette à prononcer ces quelques mots : “Il est comme moi…”, qui marque une totale identification, autant dans leurs timidités similaires, que dans leurs passés semblables. Mais ils sont bien différent dans un point : Kikujiro n’a pas pris le bon chemin (comme dit son ami au début du film) et ne peut plus revenir en arrière, alors que Masao, l’enfant innocent, malgré ce passé tout aussi tumultueux, peut s’en sortir. L’allégorie la plus frappante de ce constat est la scène de la piscine : Masao sait nager, Kikujiro ne le sait pas. Et même s’il tente de s’entraîner, il ne repartira jamais dans l’eau présente tout au long du film. Après la malheureuse nouvelle qu’apprend Masao au sujet de sa mère, Kikujiro tente de lui remonter le moral, de lui cacher l’évidente vérité même, comme un refus du malheur que lui-même a sûrement connu et dont il connaît les conséquences. Cette tentative donne d’ailleurs place à l’une des parties les plus savoureuses du film. Celui d’une retombée en enfance, dans des jeux enfantins, ni trop hilarant, ni simulé. Ce passage est une véritable déconnexion du monde réel, comme la vision d’un jeune enfant, où tout le monde est bon, même les bikers, où tout le monde s’amuse.

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Le film s’achève sur la fin du voyage, où Kikujiro et Masao se séparent. Takeshi Kitano filme alors Masao traverser en courant un pont de Tokyo dans un superbe plan final, au-dessus d’un fleuve tumultueux. Ne veut-il pas ainsi dire que la vie est un long fleuve parsemé d’embûches que l’on traverse avec l’énergie et la vivacité d’un enfant. Masao se remet véritablement à courir, revigoré par son aventure, alors qu’il avait arrêté à la venue des ennuyeuses vacances. Aidé par la musique toujours superbe de Joe Hisaichi, et une nature estivale, Kitano réussit une évasion drôle, intime et tendre. Une vraie bouffée d’air frais!

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