[Critique] Still Walking

DE LA NECESSITE D’AVANCER

Still Walking (2008), Hirokazu Kore-Eda

 

            En un vibrant hommage au cinéma d’Ozu, Hirokazu Kore-Eda touche une mélancolie qui nous est, c’est le cas de le dire, familière. Pour nous occidents, ce film apparait comme le pendant japonais d’Un conte de noël. L’histoire  d’une réunion de famille où l’absence du frère aîné, décédé, n’est qu’omniprésente. Un court séjour, suivant les personnages passés d’un plan à un autre comme ils passent d’une pièce à une autre, car tous les plans nous apparaissent à la fin coutumiers. Et dans tous ces plans, vive mais hors-champ, le souvenir de cet homme mort, qui se montre dans chaque geste, paroles, sons, images, comme la pensée des vivants. C’est sur ce point-là, et celui des dialogues crus, que l’on pourrait rapprocher Kore-Eda de Desplechin, mais tout de suite la référence qui nous vient en tête est plutôt celle d’Ozu. On ne peut presque pas apprécier Still Walking à sa juste valeur si l’on n’a pas préalablement visionné le chef d’œuvre d’Ozu, Voyage à Tokyo. Il y a clairement dans la mise en scène de Kore-Eda une déclaration d’amour à Ozu. Plans longs et fixes, « à hauteur de tatamis », tentent de réunir cette famille, de la garder dans le même plan, en vain. Chaque plan a sa place, et chacun revient souvent. C’est comme si plusieurs caméras avaient été laissé à différents endroits de la maison pour créer récurrences, correspondances, réponses entre personnages et scènes. Le plus frappant de cette habitude est bien sûr l’extérieur de la maison. Au plus une quinzaine de plans seulement en dehors de la maison. Et ceux-ci sont exactement les mêmes à chaque sortie. Comme si il n’y avait que le chemin pour venir et pour s’en aller de la maison familiale, ou celui d’aller se rendre sur la tombe du défunt. En dehors de cette maison de famille, rien n’existe durant ces quelques jours. Il faut voir pour cela le hors-champ, qui s’use à la manière d’Ozu quelques fois (des plans vides de personnages) ou qui s’incarne dans le champ (sans cesse la surprise d’apparitions par des portes coulissantes, ou des disparitions, comme un jeu de cache-cache).  En cela, une scène diffère et, comme chaque changement brusque de plan, provoque une grande émotion. C’est la scène où le grand-père, le père et « le fils » se retrouve sur la plage, sur le lieu de la mort de frère aîné, après une plaisante balade. Là sont faites des promesses, des pas en avant. Cette avancée, elle est le fruit d’une révélation pour le père, celle de la détresse de ses parents, ce sont eux qui n’avanceront plus. Ainsi tout se règle en voix off, dans un épilogue poignant qui parvient à atteindre une aussi grande puissance émotionnelle qu’Ozu. Et ce n’est pas facile à faire.

J.

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