[Critique] Last Days

THE MAN WHO SOLD THE WORLD

Last Days, Gus Van Sant (2005)

 

            Comment finir ce triptyque ovni qu’avaient commencé Gerry (2002) et Elephant (2003) ? Gus Van Sant n’aurait pas pu trouver meilleure réponse que son film Last Days, retraçant les derniers jours presque mystiques d’une rock star, qui n’est pas officiellement Kurt Cobain mais qu’on sent bien quand même qu’il en est l’inspiration première, si ce n’est unique. Difficile tâche que de comprendre tout l’engouement qu’a généré une telle personnalité, qui est toujours plus de 10 ans après (et maintenant 20) toujours ancré dans les mémoires collectives. Gus Van Sant excelle dans toute fiction adolescente, il l’a déjà prouvé et le reprouvera encore après, mais pour ce film, il s’agit de saisir l’idole de toute une génération. Incroyable challenge donc. Mais Gus Van Sant n’est pas le dernier faiseur de biopic académique hollywoodien. Quand il filme Blake – Michael Pitt fabuleux en Kurt Cobain – il ne dévoile en réalité presque rien. Paradoxal en effet. Gus Van Sant ne tente pas de répondre à quoi que ce soit, à expliquer, rationaliser cette descente aux enfers. Au contraire, il épaissit habilement le mystère, conduisant à amplifier la légende pop du rockeur. Pourtant c’est bien un homme tout à fait humain qu’il nous présente. Certes, complètement dans son monde, mais tout à fait présent dans notre monde réel. Et même si Blake est souvent complètement défoncé, Van Sant ne tombe dans le piège facile de la déformation visuelle de la réalité, en vue subjective comme ce à quoi trop de films nous ont malheureusement habitués quand il s’agit de drogues. Il n’y a d’ailleurs aucune vue subjective dans Last Days, on ne parvient jamais à atteindre Blake si facilement, ni même autrement.

            La mise en scène de Van Sant est d’une apparente simplicité : une majorité de longs plans fixes. Mais ils sont pratiquement chacun d’une force incroyable. Ils sont comme une insistance sur Blake. Tenter de la capturer dans l’écran, de le forcer à s’ouvrir. Mais ils sont également une distance. Ils incarnent dans leur plus simple définition l’impossibilité de cerner ce personnage, physiquement dans le cadre et mentalement hors champ. La mise en scène de Van Sant tient plus de l’obsession que de la narration. Une sorte de fascination distante. Il est comme conscient de cette fascination sans pour autant savoir l’expliquer. En découle l’un des plus beaux plans du film, celui où Blake improvise seul une musique que l’on pourrait qualifier de psychédélique. La musique, alliée à un travelling arrière extrêmement lent et long (la durée du morceau) provoque un envoutement fascinant, distancié en même temps presque par peur par ce travelling. Cette scène est pour moi à relier à celle « Velvet Underground » où l’un de ses amis, rentrant d’une sortie nocturne, met en route le vinyle d’une chanson des Velvet Underground, groupe mythique de rock psychédélique, sans doute pour améliorer sa défonce. Mais cette fois aucun envoûtement ou autre. Il semble bloquer là où Blake avait pénétré un au-delà créatif, psychique.

            Je me suis peut-être allé trop vite disant que l’on n’accède jamais à une quelconque pensée de Blake, il y a dans le hors-champ sonore du film une approche de Blake. En effet, de nombreuses fois apparaissent comme dans l’esprit de Blake des sons incompréhensibles, irréels. Plus qu’une simple représentation de sa douce folie, c’est son inconscient. Le hors-champ comme surmoi freudien. Blake est un esprit absent du champ mais sa présence est annoncée hors-champ. Blake est un être qui se présente à la fois conscient et inconscient, errant dans les limbes de son esprit comme dans le champ et le hors-champ, dans lesquels même sa mort semble s’être perdue. Insaisissable.

J.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s