[Critique] L’Avenir

LES QUESTIONS DU PRESENT

L’Avenir, Mia Hansen-Love (2016)

 

            Les avis divergent à propos du nouveau film de Mia Hansen-Love. Nombreuses sont les remarques sur l’aspect peut-être trop « bourgeois » de L’Avenir et l’on ne pourrait le nier : vie aisée des personnages dans un milieu intellectuel, etc. Pourtant ces critiques ne sauraient être suffisantes pour descendre le long-métrage. Car ce côté-là du récit n’est que secondaire, et, de plus, touche tout de même a priori intime (les parents de Mia Hansen-Love étaient tous les deux professeurs de philosophie). Ce qui importe ici, c’est le sublime portrait de femme que dessine la cinéaste, au travers d’une Isabelle Huppert très juste. Le corps de Nathalie (Huppert) fait écho à celui de sa mère (Edith Scob). Celui de sa mère, actrice/mannequin, guidait son esprit, et l’esprit s’envolant peu à peu le corps était enfermé. Le corps fragile d’Huppert semble lui en total désaccord avec son esprit éclairé. Mais au fil de ses promenades, de ses repos dans les superbes parcs parisiens ou les grandes prairies du Vercors, ce n’est plus le corps qui se perd mais bien l’esprit, comme errant dans un champ d’incertitude.

            Car si il est bien un sujet que traite L’Avenir – et l’avenir tout simplement – c’est l’incertitude. Sur le topic, Mia Hansen-Love propose une belle réflexion, non pas philosophique comme on pourrait le croire, mais sur la philosophie elle-même. De la nécessité de se poser des questions, lorsqu’au milieu de sa vie l’on est contraint au changement. Qui plus est lorsque le seul chemin qu’elle aperçoit est celui qu’avait pris sa mère. C’est ce que nous dévoile ce chat, celui de sa mère et qui se retrouve à la mort de cette dernière à la charge de Nathalie. Plus qu’un simple amusement, ce chat doit être pour Nathalie d’une angoisse extrême. Il lui revient par obligation, symbolisant ce passage de la vie le rapprochant de sa mère, quand toutes ces habitudes, sa vie vient à se transformer. L’émotion est grande lorsqu’elle doit abandonner la Bretagne de ses vacances.

            Mia Hansen-Love, clôturant son film, n’apporte pas de réponses à Nathalie devenue grand-mère, peut-être même encore plus de questions, mais délivre un dernier plan d’une fabuleuse poésie du quotidien. La cinéaste se rapproche sans doute de la virtuosité du dernier Moretti, Mia Madre, et c’est une indéniable preuve de son talent.

J.

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