[Critique] Brooklyn Village, 2016

Il existe clairement une liaison -sinon une certaine continuité – entre Love is strange et le dernier film de son auteur Ira Sachs : Brooklyn Village. Le premier se terminait par la mort du grand-père, et l’entrée dans l’adolescence du petit-fils ; le second commence directement par la mort du grand-père tandis que le petit-fils a déjà un pied dans la puberté. Avec la même timidité marquée de Love is Strange, Sachs dépeint de manière encore plus simple -mais loin d’être austère – une amitié adolescente aux résonances shakespeariennes. Ces deux collégiens nouant une relation malgré les conflits de leurs familles entre elles laisseraient presque surgir la possibilité d’une idylle amoureuse. Une première piste entièrement imaginé par le spectateur – surtout celui qui connaît les tendances de Sachs pour une certaine culture homosexuelle.

La « traduction » française du film (Brooklyn Village) semble trouver dans le Brooklyn du décor le principal attrait du film. Outre la beauté du quartier, le décor vaut surtout pour l’atmosphère vacancière qu’il apporte. Ce coin de ville paisible, presque extérieur à la monumentalité de New-York, est une bulle hors-du-temps où se déroulent si fréquemment relations amicales et amoureuses éphémères. L’amitié entre les deux garçons est de cet acabit : elle se noue et se développe aussi rapidement qu’elle se termine. Pourtant – et toujours dans une simplicité quotidienne – dans un période d’après un an, ces deux protagonistes semblent traverser ensemble tous les éléments les plus cruciaux de l’adolescence (intégration sociale du collège, découverte de passions, histoires de cœur et même quelque part le chemin vers l’après adolescence, leur orientation scolaire, ou encore les boîtes de nuit). Une densité étalée avec légèreté le long du film. Légèreté, car ces deux personnages ne paraissent pas maîtres de leur histoire (dramatiquement parlant). Ironique de laisser le centre supposé de son film – les deux adolescents, le titre original étant Little Men – que le droit d’être le témoin de l’enchaînement narratif, et non instigateurs des nœuds dramatiques.

Une gêne sans doute amplifiée par la place qui leur est accordée. La pudeur de la mise en scène ne manquait déjà pas de brider la puissance et l’épaisseur de leur relation, voilà que le segment « parents » finit par prendre le dessus. Sans qu’il ne soit sans intérêt – le conflit est dicté par une compréhension admirable – cela reste d’une pauvreté difficilement comblée. Dommage, tant le récit approchait de la justesse de Love is Strange. Un long-métrage enfermé dans la nonchalance qui faisait son originalité.

J.

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