L′Amour à la mer, de Guy Gilles (1962)

Proustien assumé, Guy Gilles a exploré et expérimenté tout au long de sa filmographie les images et les sons du souvenir, les impressions des lieux et des couleurs. Je parle ici de L’amour à la mer, mais il en va de même pour Au pan coupé (1965) ou Le clair de terre (1970), les deux autres longs-métrages de Gilles que j’ai eu l’occasion de visionner. Le premier narre la correspondance épistolaire de deux amoureux racontant leurs impressions dans deux villes différentes, le second les souvenirs exprimes d’une femme se remémorant les petites choses de son ancien partenaire qui caractérisaient son rapport au monde, et le troisième suit un homme errer en Tunisie, se rappelant obsessionnellement les impressions qu’il avait vu de sa dernière balade à Paris.

            Le montage discontinu du cinéaste (raccords injustifiés, séquences indistinctement délimitées, aucune logique sensori-motrice) permet une exploration des détails d’un lieu, qui semble chaque fois par la mise en scène submerge toute l’importance des personnages et de leurs actions. Détail -> contexte -> action -> perception. Voici ce que serait sans doute le schème le plus précis de sa mise en scène (de la succession des plans), en minimisant l’importance de l’action voire souvent en faire fi. Et ce schème s’inverse et se recompose sans cesse. La psychologie des personnages chez Gilles passe par une projection des sentiments du personnage sur ce qui l’entoure. Des plans descriptifs deviennent subjectifs et ces mêmes plans font en retour évoluer cette subjectivité et la psychologie du personnage. Il est assez impressionnant de remarquer comment le cinéaste parvient à transmettre ces sensations au spectateur. J’avais à la fin de L’amour à la mer, l’impression d’avoir toujours vécu à Brest ou à Pigalle. D’en avoir arpenté chaque recoin et d’y avoir ressenti chaque émotion ou chaque sensation que la vie dans ces villes et quartiers pouvait nous offrir.

 

            Dans les films de Guy Gilles, le souvenir et les sensations structurent le montage et contaminent le présent des discussions, des balades, des temps de réflexions, etc. D’ailleurs le présent dans ces films, ne semblent jamais l’être réellement, toujours dilue dans les sentiments des personnages. Ces sentiments sont pris en charges par les formes du montage, une image venant recouvrir une autre selon la pensée, le souvenir, ou la perception des personnages. Pas plus de chances de retrouver ce présent par une interprétation des filtres de couleurs recouvrant chaque plan, puisqu’ils semblent, si ce n’est placés au hasard, motives par des sentiments, ou une définition du rapport entre un personnage et le décor dans lequel il se trouve.

            L’amour à la mer comme l’ensemble de l’œuvre de Guy Gilles, est un cinéma subjectif. La vision de Gilles, celles de ces personnages, celle du spectateur se mêlent dans ses sensations imprimées sur l’écran.

J.

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